Nethys a tenté de censurer la Fédération européenne des journalistes

Xpress divulgue la mise en demeure que Stéphane Moreau et Nethys SA ont envoyée à la Fédération européenne des journalistes (FEJ) afin que cette dernière retire leurs noms d’une alerte pour «harcèlement» publiée sur la plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme. Depuis que cette plateforme a été créée en 2015, c’est une première pour la FEJ. Xpress rend public ce courrier qui vise à censurer la principale organisation de défense des journalistes en Europe. Qui n’a pas cédé.

Le 29 janvier dernier, Me Jacques Englebert, l’avocat de Nethys SA et de M. Stéphane Moreau (ex-bourgmestre PS d’Ans et CEO de Nethys), a envoyé une mise en demeure à la Fédération européenne des journalistes (FEJ) pour qu’elle retire «sans délai» toute allusion à Stéphane Moreau et à Nethys dans une alerte publiée le 21 janvier sur la «Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes» du Conseil de l’Europe.

Cette alerte, publiée dans la catégorie «Harcèlement et intimidation de journalistes», dénonçait l’existence de plaintes multiples contre les journalistes David Leloup et Tom Cochez, plaintes «émanant d’entreprises ou d’individus du monde politico-financier liégeois». L’alerte relatait notamment que M. Leloup a été la cible de cinq plaintes et de deux menaces de plaintes en un peu moins d’un an.

« Ni Orban, ni Erdoğan, ni Bolloré »

Tous les plaignants et auteurs de menaces sont des personnes physiques ou morales très proches de M. Moreau : Nethys SA (dont M. Moreau est le CEO), SEMEB (sous-filiale de Nethys), Ogeo Fund (fonds de pension de Publifin/Nethys dirigé par M. Moreau de 2007 à 2017), MM. Alain Mathot et Dominique Janne (deux proches de M. Moreau). L’alerte précisait encore que l’Association des journalistes professionnels (AJP) a mis un avocat à disposition de M. Leloup, afin de répondre au «harcèlement judiciaire dont il fait manifestement l’objet».

La mise en demeure qui vise la FEJ concerne aussi la Fédération internationale des journalistes (FIJ), les deux fédérations étant coauteures de l’alerte. Pour ces associations, une telle mise en demeure est tout à fait inédite. «La FEJ et la FIJ ont déposé ou cosigné 459 alertes depuis avril 2015, et jamais personne – ni Orban, ni Erdoğan, ni Bolloré – ne nous avait encore mis en demeure de retirer des éléments factuels d’une alerte, ni de modifier une alerte de quelque manière que ce soit. Jamais en quatre ans», commente Ricardo Gutiérrez, secrétaire-général de la FEJ.

Un dangereux précédent

Xpress publie cette lettre d’avocat (à lire ici en PDF) car elle est significative du contexte qui a motivé la création de l’association. Aujourd’hui, en 2019, on ne se contente plus d’attaquer des journalistes, on s’en prend désormais aussi aux syndicats qui les défendent. En agissant de la sorte Nethys SA et M. Moreau créent un dangereux précédent.

En outre, l’avocat qui s’adresse à la FEJ aux noms de Nethys SA et M. Moreau n’est pas n’importe qui : il s’agit de Me Jacques Englebert, professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB), avocat de l’entreprise de service public RTBF, défenseur de nombreux journalistes d’investigation et membre du Conseil de déontologie journalistique (CDJ). Il est difficile, pour nous, de concevoir qu’un tel professionnel du barreau, connu pour défendre la liberté d’expression et le journalisme d’investigation, cède aux sirènes de Nethys SA et M. Moreau pour faire taire des journalistes d’enquête ayant révélé des informations d’intérêt général sur des entreprises à capitaux publics.

L’AJP aussi visée

Une lettre similaire a été envoyée par Me Englebert à l’AJP contestant tout «harcèlement judiciaire» à l’encontre de M. Leloup. L’AJP a également reçu un courrier émanant de l’ex-bourgmestre PS de Seraing, M. Alain Mathot. M. Mathot n’a pas écrit à la FEJ, pourtant seule responsable de l’alerte qui mentionne son nom.

[UPDATE]

Me Englebert, qui défend Stéphane Moreau et Nethys SA, a rapidement réagi à notre publication. Voici son courrier:

Annexes:

Réponse de la FEJ à Me Englebert (05/02/2019)

Réponse de Me Englebert à la FEJ (07/02/2019)

Réponse de l’AJP à Me Englebert (01/02/2019) (nous ne disposons pas de la lettre initiale de Me Englebert à l’AJP, qu’il ne nous a pas transmise)

Réponse de Me Englebert à l’AJP (07/02/2019)


Les 4 axes prioritaires d’Xpress

Xpress est une association basée à Bruxelles, Anvers et Liège qui vise à soutenir les journalistes, lanceurs d’alerte et leurs sources faisant l’objet d’intimidations ou d’attaques. Créée par des journalistes et des citoyens, elle défend la liberté d’expression et soutient le droit du public à l’accès à une information indépendante.

Xpress s’est fixé pour mission de:

  1. rendre visibles auprès du grand public les intimidations et attaques contre des journalistes, lanceurs d’alerte ou leurs sources, et ce par le biais de communiqués de presse, d’événements publics, et de campagnes d’information ou d’actions en justice;
  2. assurer une aide technique, juridique ou financière aux journalistes, lanceurs d’alerte ou leurs sources, qui font l’objet de telles intimidations ou attaques;
  3. soutenir des investigations journalistiques complémentaires sur les dossiers qui génèrent des intimidations ou attaques, et sur les auteurs de celles-ci;
  4. sensibiliser les décideurs et acteurs publics au sujet des intimidations et attaques dont font l’objet les journalistes, les lanceurs d’alertes ou leurs sources et, plus généralement, au sujet de la protection de la liberté d’expression et de l’information, notamment dans le cadre des législations afférentes (protection des journalistes, de leurs sources, des lanceurs d’alerte…).

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Nieuwe vzw strijdt tegen intimidatie van journalisten

De vzw XPress gaat steun verlenen aan (beroeps)journalisten, maar ook aan hun bronnen en klokkenluiders, die het doelwit zijn van grove en/of systematische, duidelijke pogingen tot intimidatie. Zowel de jaarverslagen van de beroepsverenigingen als de statistieken van de Raad van Europa geven aan dat journalisten het werken de laatste jaren steeds vaker op verregaande wijze bemoeilijkt wordt.
Opvallend genoeg worden de meeste klachten ingediend door de verschillende overheden in dit land. En veel vaker dan vroeger verklaart de CDJ de klachten ongegrond.
Dat geeft aan dat het om pure pesterijen en zelfs intimidatie gaat.

Lees meer: https://www.apache.be/2019/02/06/xpress-steunt-onderzoeksjournalisten/

Lancement d’une asbl de défense des journalistes d’investigation et lanceurs d’alerte

(BELGA) Une nouvelle asbl visant à défendre les journalistes d’investigation et les lanceurs d’alerte, a été présentée mercredi à Bruxelles. Son nom : Xpress.

Il s’agit d’une association belge sans but lucratif, autant francophone que néerlandophone. Elle a été fondée par Thierry Denoël, journaliste au Vif/L’Express, Mehmet Koksal, un journaliste indépendant qui travaille par ailleurs pour la Fédération européenne des journalistes (FEJ), et par Bram Souffreau, journaliste pour le site d’investigation néerlandophone Apache.

Xpress vise à venir en aide aux journalistes d’investigation et aux lanceurs d’alerte victimes d’intimidations. Cet appui peut prendre la forme d’une aide financière à la hauteur de ses moyens, développés pour l’instant sur base d’appels aux dons. Il pourra aussi être technique et juridique. Xpress vise aussi à rendre publics les cas de harcèlements et encourage la réalisation d’investigations parallèles sur les enquêtes journalistiques poursuivies. Elle fera aussi du lobbying sur les menaces à la liberté de la presse et le droit à l’accès à l’information.

Dans le cadre d’un article pour Le Vif/L’Express basé sur le rapport de l’ONG Global Witness concernant l’exploitation illégale de bois en République Démocratique du Congo, le journaliste indépendant Quentin Noirfalisse s’est vu réclamer 50.000 euros, pour évaluer via une étude le préjudice subi, par des membres d’une société européenne qui s’est sentie visée dans le texte. L’hebdomadaire lui a apporté son plein soutien. L’action se poursuivra devant les tribunaux.

Il a aussi été question de la demande du conseil de Stéphane Moreau, administrateur délégué de Nethys, à la FEJ de retirer certains éléments de l’alerte relayée par le Conseil de l’Europe concernant les journalistes David Leloup et Tom Cochez.

« Ceux qui attaquent les journalistes ne le font pas avec leur propre argent, mais sur le compte de l’opinion publique, et ceux qui sont attaqués, les journalistes et lanceurs d’alerte, ne le font pas dans leur propre intérêt, mais au nom de l’opinion publique », défend Mehmet Koksal. « On voudrait essayer de changer ce déséquilibre. Si tu veux attaquer un journaliste, tu le fais de ta poche et si un journaliste est attaqué, il ne devrait pas mettre de sa poche mais être pris en charge par la collectivité… Ici, si Moreau veut attaquer David, il faudrait qu’il mette de sa poche et que l’avocat de David soit payé par Nethys ».

Conférence de presse de lancement d’Xpress à Bruxelles ce 6 février

Conférence de presse de lancement de l’association belge Xpress qui vise à soutenir les journalistes, les lanceurs d’alerte et leurs sources faisant l’objet d’intimidations ou d’attaques, afin de défendre la liberté d’expression et soutenir le droit du public à l’accès à l’information.

Informations pratiques

Quand : Mercredi 6 février 2019, de 10:30 à 12:00
Où : Press Club Brussels Europe, rue Froissart 95 à 1040 Bruxelles (OpenStreetMap, Google Maps)
Réservation : pas nécessaire
Contact : secretary@pressclub.be

Programme

  • Présentation générale des objectifs de l’association par Céline Decamp, Présidente d’Xpress ;
  • Exposé des motivations des membres fondateurs : Thierry Denoël (Le Vif), Mehmet Koksal (journaliste), Bram Souffreau (Apache) ;
  • Études de trois cas particuliers : Quentin Noirfalisse (intimidation d’un journaliste), Claude Archer (violence envers un lanceur d’alerte) et Tom Cochez (ciblage d’un média d’investigation comme Apache) ;
  • Nouvelles révélations suite à l’alerte du Conseil de l’Europe du 21 janvier dénonçant des plaintes multiples contre les journalistes d’investigation Tom Cochez et David Leloup ;
  • Commentaire de Maria Laura Franciosi d’Ossigeno per l’Informazione
    (ONG italienne aux buts similaires) et présidente honoraire du Press
    Club Brussels Europe ;
  • Questions et interviews.